Tribune Bertrand Pancher

Bertrand Pancher : « Réforme ferroviaire : nous n’avons plus le temps de regarder passer les trains… »

Jeudi 31 Mai 2018|La revue du Trombinoscope|Bertrand Pancher rédige une tribune 

Alors que les mouvements de grève ont continué ces dernières semaines à perturber la vie de nos concitoyens, il convient plus que jamais de restituer le débat dans son vrai contexte. En effet, cette réforme, vécue par certains comme une bombe, n’est en réalité que l’aboutissement d’un long cheminement législatif et la réponse aux préconisations de plusieurs rapports successifs.

Le problème est que nous avons trop longtemps reculé devant l’obstacle. Alors que nous avions toutes les données en main et déjà bien conscience, depuis des années, de l’engrenage terrible dans lequel était enfermée la SNCF : une dette abyssale s’alimentant elle-même, des projets pharaoniques se multipliant au détriment des nombreuses et bien mal nommées « petites lignes », les décisions ou pire encore, l’absence de décision – notamment politique – n’ont fait qu’aggraver la situation. C’est ainsi qu’en 2016, rendant notre rapport sur la mise en application de la loi du 4 août 2014 portant réforme ferroviaire, nous déplorions avec mon collègue Gilles Savary les retards accumulés : la fameuse « règle d’or » qui n’était pas respectée, la reprise de la dette reléguée aux oubliettes et une ouverture à la concurrence bien mal engagée.

Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Il nous faut trancher : allons-nous continuer à creuser la tombe de la SNCF ou acceptonsnous enfin de donner à notre société nationale les moyens de ses ambitions ? Car la SNCF a la volonté et l’énergie – notamment grâce à la compétence de ses cheminots – pour rebondir et réinventer son modèle. L’heure n’est donc plus aux tergiversations. Le Gouvernement l’a bien compris en décidant d’accélérer la manœuvre. Sur la forme, j’ai bien sûr été assez dépité du passage par ordonnances puis l’ai finalement d’autant mieux accepté que le Gouvernement a fait le choix au fur et à mesure des négociations de les remplacer par des amendements rouvrant ainsi largement le dialogue avec les parlementaires.

Sur le fond, nous ne pouvons que constater que les différentes peurs brandies autour de cet examen n’ont plus lieu de résister face à la réalité du texte issu de nos travaux et voté en première lecture le 17 avril dernier. Le projet de loi affirme notamment que le groupe SNCF est 100 % public, que les cheminots actuellement en poste conserveront leur statut et que les futurs embauchés pourront bénéficier d’une convention collective protectrice.

Bien sûr le débat est loin d’être clos, beaucoup de questions restent à traiter. Nous avons besoin de connaître la manière dont vont s’articuler les choses pour garantir un vrai maillage de nos territoires, pour donner un nouveau souffle aux « petites lignes » et ce en s’assurant que les régions seront appuyées comme il se doit.

Autre question cruciale : le calendrier exact et le montant de la reprise de la dette. Le législateur que je suis restera donc particulièrement vigilant ces prochains mois sur les outils et les moyens effectifs qui vont être proposés non seulement pour relancer le ferroviaire, mais plus largement pour donner de la visibilité à l’avenir de nos transports en général. Il est urgent de préparer demain en pensant à nos concitoyens et à nos territoires qui ont besoin, au quotidien, de transports performants et de qualité. Nous n’avons plus le temps de regarder passer les trains !

Lire la version pdf

Commentaires

    Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires.