Le billet de la semaine du 4 avril 2016

N'est pas Schröder qui veut

Le plus grand mouvement de contestation de la politique sociale et économique du gouvernement s’est déroulé la semaine dernière avec 400 000 manifestants dans la rue contre le projet de loi El Khomri. 56% des Français interrogés par un sondage BVA pour I Télé ont fait part de leurs soutiens à ce mouvement tandis que 51% d’entre eux souhaitent maintenant la réécriture de ce texte.

Alors que ce projet de texte de loi apporte peu de bouleversements dans la réglementation complexe du code du travail si ce n’est quelques évolutions favorables à l’emploi (davantage de souplesses sur les avantages acquis par la possibilité d’ accords d’entreprises, tout comme le régime des heures supplémentaires…) et que des points qui paraissaient pourtant utiles ont été abandonnés (plafonnement des indemnités de licenciement et souplesse du temps de travail pour les apprentis…), le document bien fade soumis aux parlementaires cette semaine est rejeté notamment par les jeunes à 72 %.

Le gouvernement en grande situation de fragilité va devoir encore lâcher du lest et parle déjà de contributions financières en direction des jeunes alors que les poches de l’Etat sont vides et que le sujet c’est avant tout l’emploi et la formation.

La Gauche revendiquant son virage « social démocrate » aurait pu s’honorer d’une grande réforme structurelle sur le plan économique en choisissant délibérément son camp c’est à dire celui des entreprises : en revenant clairement sur le temps de travail, pour le public comme pour le privé, en conditionnant la protection contre le chômage et la garantie de minima sociaux à des contreparties, en transformant le maquis des aides aux entreprises à des baisses uniformisées de charges, en allégeant réellement le code du travail… Si le PS s’était engagé dans cette direction en début de mandat, il en aurait recueilli déjà les fruits, s’il ne l’avait fait réellement qu’aujourd’hui, il serait resté dans l’histoire comme ayant assumé son virage économique à l’image du SPD en Allemagne entre 2003 et 2005. C’est maintenant trop tard.

N’est pas Gerhard Schröder qui veut.

Bertrand Pancher

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