Le billet de la semaine du 26 septembre 2016

Liaison ferroviaire Paris-Charles-de-Gaulle Express, un financement qui en dit long sur nos dérives

Alors que la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale vient d’examiner le projet de loi sur la liaison ferroviaire Paris-Aéroport Charles-de-Gaulle par un train express, j’ai vivement dénoncé l’absence totale de cohérence d’un plan de financement aléatoire. En faisant, à nouveau, porter une partie des dépenses sur la SNCF et sur Air France, en dehors de toutes règles ou engagements passé, nous allons charger des opérateurs nationaux déjà fortement endettés.

Le montage, tel qu’il est actuellement prévu, fait rentrer au capital de la société porteuse du projet ADP (Aéroport de Paris) et SNCF réseau à hauteur chacun de 250 Millions d’euros. Ce principe bafoue la règle d’or inscrite dans la réforme ferroviaire visant à interdire à la SNCF d’entrer dans des projets d’investissements nouveaux qui ne seraient pas équilibrés financièrement. Depuis plus de 20 ans, plutôt que de financer par les contributions publiques le déficit de fonctionnement d’investissements qui ne sont pas rentables, l’Etat préfère laisser l’endettement de notre opérateur national exploser :40 milliards actuellement et demain 70 si rien n’est fait. Le gouvernement semblait l’avoir compris ; erreur, puisque le démarrage du premier projet d’infrastructure d’envergure nouveau met à mal un principe visant à ne plus aggraver une dette abyssale.

Ce projet qui fait aussi reposer son équilibre financier aléatoire sur une contribution des passagers (dont le montant est du reste insuffisant…) en provenance de l’aéroport de Roissy, c’est à dire pour une grande partie sur les billets vendus par Air France, va renforcer les difficultés de notre autre compagnie nationale, concurrencée par les compagnies low-cost sur d’autres aéroports.

Après l’abandon de la taxe poids lourd pour financer nos infrastructures et le renoncement à percevoir une contribution sur les carburants dont les prix n’ont jamais été aussi faibles, le gouvernement, qui ne dispose d’aucun moyens pour financer nos infrastructures de transports, se lance dans une opération qui en dit long sur nos dérives d’autant que toutes les autres promesses d’infrastructures nouvelles qui sont engagées (Bordeaux-Toulouse, Bordeaux- Hendaye, Poitiers Limoges …), sont toutes sur la même logique.

Bertrand Pancher

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