Le billet de la semaine du 22 août 2016

Jeu dangereux

La surenchère des déclarations de certains leaders politiques de gauche comme de droite contre les musulmans en France accentue les divisions et renforce les idées fausses et néfastes consistant à faire croire que les problèmes auxquels nous sommes confrontés en général et le terrorisme en particulier, trouveraient leurs origines dans un refus d’intégration d’une catégorie précise de nos concitoyens, à savoir ceux issus d’une immigration récente provenant des pays arabes.

La polémique de ces derniers jours sur le « Burkini » en est clairement l’illustration : interdiction par certains maires LR, de cette tenue vestimentaire, très marginale, sur les plages, au nom d’une obligation de défendre une laïcité menacée…soutien de cette initiative par le Premier Ministre en demandant aux musulmans d’êtres discrets dans la manifestation des convictions religieuses et de s’engager contre l’Islam radical et politique…

Comment ne pas avoir été frappé par les commentaires de ces stériles surenchères, notamment dans notre sphère politique, les pays francophones, par l’ensemble des médias étrangers, médusés par les réactions et la faible hauteur de vue de nos leaders politiques. Au lieu d’élever le débat chez nous, en soutenant et encourageant les musulmans, qui ne cessent de condamner la haine, comme l’ont fait spontanément les représentants des cultes chrétiens et juifs, et ainsi renforcer notre cohésion nationale, nous entretenons un débat nauséabond entre nos concitoyens.

Laisser entendre que la religion serait le moteur de l’extrémisme est insensé. L’ancien responsable du pôle anti-terrorisme Marc Travedic constatait que 90 % des jeunes qui s’engageaient le faisaient par recherche d’existence, de place dans la société, par besoin de se venger ou autre… Seulement 10 % d’entre eux se seraient fait embarquer dans des discours d’un islam radical, marginal et combattu y compris par les armes, par les musulmans eux-mêmes.

S’il faut, après plus de 70 ans de paix, se réarmer, en commençant par la patience, s’il faut réapprendre à penser la guerre, comprendre la violence comme le suggère magistralement l’essayiste Jean-Claude Guillebaud dans son magistral essai « le tourment de la guerre » et s’il faut combattre le retour du mal absolu avec la pieuvre de Daech, ce n’est pas certainement pas en désignant des boucs émissaires, au risque de ne plus contenir cette autre violence qui est en nous, et en toute société.

Il est plus facile d’entrer en guerre que de construire la paix…

Bertrand PANCHER

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