Le billet de la semaine du 16 mars 2015

L'art de se mettre les professions libérales à dos:la victoire des anciens contre les modernes.

Les médecins et professionnels de santé ont été 20.000 à manifester ce dimanche contre le projet de loi porté par le gouvernement et la Ministre de la Santé, Marisol Touraine. Du jamais vu depuis bien des années en France chez une profession qui n’a pas l’habitude de battre le pavé. Parmi les principales revendications, le refus de la généralisation du 1/3 payant qui déresponsabilise les assurés sociaux et donc la profession. S’ajoutent des revendications spécifiques et notamment le raz-le-bol de la papasserie qui fait que les médecins deviennent de plus en plus les auxiliaires de l’assurance maladie.

Cette manifestation géante fait suite à celle des professions réglementées lesquelles se sont battues jusqu’au bout afin que l’on continue à vivre dans un pays régit par des règles protégeant nos concitoyens dans toutes les circonstances.

Ces puissants mouvements ont tous un point commun : la dénonciation de réformes fondées sur l’absence totale de concertation. Certes, Emmanuel Macron a dû au dernier moment effectuer un pénible rétropédalage et la version finale de son texte ne ressemblait guère à l’initial, mais le mal était fait ; la prise de conscience par ces professionnels qu’on ne les comprenait pas.

La Ministre de la Santé va – t – elle à  son tour effectuer un virage à 180° ou bien va-t-elle prendre le risque de passer en force ? Dans tous les cas, le divorce semble prononcé entre le gouvernement et les professions de santé.

Quand va-t-on enfin comprendre qu’on ne réforme pas un pays en se mettant celles et ceux concernés à dos, faute d’avoir enclenché en amont une concertation structurée ?

Il y a les anciens, toujours les mêmes, qui répondront que notre pays est ingouvernable et qu’il faut donc toujours avancer sans reculer. On voit bien la limite de l’exercice : tout le monde se met dans la rue et comme on ne peut contraindre une profession à se remettre au travail ou un mouvement de cesser de se mettre dans la rue, on capitule toujours…

Il y a les modernes, qui pensent que la démocratie d’aujourd’hui  ne se construit que par la participation du plus grand nombre au processus de décision ; que les décisions doivent mûrir et être patiemment construites sur la base du dialogue. Il faut pour cela du courage : celui de ne pas vouloir réformer sous la pression : les médias, l’agenda electoral, la supposée demande d’une opinion  publique que faute de dialogue personne ne sait appréhender.

Bertrand Pancher

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